Sans Patrie

CHRONIQUES DE MAMIE CRA CRA, MAM GOZ ET CITOYENNE ORDINAIRE : une BReizhistAidante en Pays de Césédistan

Histoires pas drôles destinées aux curieux qui veulent en savoir plus sur le CRA de Rennes (Centre de Rétention Administrative) pour ne plus s'en laisser conter.

 

Écrire c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit.    

  Marguerite Duras. Écrire, p.28, Folio no 2754.


Le retour de Mamie CraCra

Récemment, les blogueuses de Sans Patrie ont reconnu Mamie CRA CRA dans un bar de Rennes où elle éclusait quelques bolées de cidre pas plus doux que le regard qu’elle leur a lancé en les reconnaissant. Elles vous livrent cette interview de comptoir qui pourrait bien signer le retour de l’impertinente chroniqueuse sur ce blog.

Mamie CRACRA.gif

 

SP : Bonjour ! Nos lecteurs ont fait connaissance avec vous en octobre 2010 et ont suivi vos chroniques épisodiques jusqu’en janvier 2011. Depuis, un grand silence que vous acceptez de rompre aujourd’hui. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

M C² : J'ai suivi les conseils de Sarko, j'me suis cassée. J'en pouvais plus de la chasse à l'étranger et des discours xénophobes, j’avais besoin de prendre l’air. En 2011, j'ai quitté l'Europe Forteresse en me disant que je rentrerai en France quand la gauche serait au pouvoir. Quand j'ai vu la tête du changement, j'ai prolongé mon exil. Vous avez survécu sans moi, non ?

 

 

SP : Oui, mais nous sommes ravies de vous revoir, vous nous avez manqué. Ce retour inattendu aurait-il un lien avec les évènements de la semaine dernière ?

 

M C²: Les soldes ?

 

SP : Nous pensions plutôt à l’attentat de Charlie Hebdo. On aurait pu vous voir dans les rues de Rennes ce dimanche

 

Le silence se prolonge, Mamie Cra Cra est visiblement contrariée par cette remarque.

 

M C²: Je ne voulais pas battre le pavé avec les moutons ni…

 

SP : Mais quand même…

 

M C² : Mais vous me laisser continuer ! Je ne voulais pas battre le pavé avec les moutons ni rester bouder avec les cons. Alors j'ai rejoint le troupeau en douce. A Rennes, ni dictateurs, ni Marseillaise dans les rangs. Je me suis surprise quand même à défiler avec un p'tit chef de la préfecture, jeune retraité, qui m'a adressé un sourire. C'est donc ça l'unité nationale ? Je ne suis pas encore prête à câliner un flic. Un homme a lâché dans la foule « ça fait 62 ans que j'attendais de voir mon peuple ». C'est donc ça le Peuple, l'effet de nombre ? Je n'y ai pourtant pas vu beaucoup de jeunes des « quartiers » dans cette « foule sentimentale » aux visages pâles…

SP : Doit-on en conclure que ça ne vous touche pas vraiment ?

M C² : Lors de l'annonce de la tuerie à Charlie, j'étais anéantie comme une plage bretonne après une marée noire ! Une énorme colère et un profond chagrin face à la connerie humaine.
C'est aux cons qu'il faut demander de se justifier aujourd'hui, qu'on foute la paix aux musulmans
. Inch Allah

Pendant plusieurs années, une chronique hebdomadaire rédigée par des militants de RESF a été publiée dans Charlie, « L'expulsé de la semaine », illustrée avec acidité par les crayonneurs impertinents. Charb, Tignous et Honoré ont même été les parrains de plusieurs lycéens sans papiers.

 

 Charlie Hebdo.JPG

Ils ont dû se retourner dans leur tombe en entendant les cloches de Notre Dame sonner pour eux, la Bourse les célébrer, les gouvernants qu’ils croquaient allégrement défiler l’œil humide, de grands respectueux de la liberté d’expression comme Bongo, Netanyahou...

Et Valls qui est déjà en train de pondre de prochaines mesures liberticides pour nous protéger, bien entendu ! Piétiner derrière eux, certes non,  mais je suis solidaire des victimes, déterminée à faire la traque à toute récupération, à ne pas tomber dans le piège tendu, à chasser la suspicion et l’amalgame, à ne pas laisser creuser un fossé de haine que d’aucuns pourraient combler avec des explications lénifiantes et mensongères.


SP : Et ceux qui ont commis l’attentat ?


M C² : Ceux qui ont tué sont des assassins, seulement des assassins, mais ils ne viennent pas de nulle part et ne sont pas nés de rien ; aux politiques faussement atterrés d’en prendre la mesure ! Qu’ils regardent notre monde à la loupe et s’interrogent sur son iniquité, sur les alliances politiques mortifères, les complaisances économiques qui ne le sont pas moins, sur les raisons qui poussent des mômes à devenir des moudjahidines, à se revendiquer du djihad, à abdiquer leur humanité.

Tout le monde a retenu les noms de ces trois salopards, mais qui connait Lassana Bathily ?

//www.humanite.fr/lassana-bathily-lex-sans-papiers-devenu-un-heros-562222

Employé à l'hyper cacher de la porte de Vincennes, ce jeune malien de 24 ans, a sauvé des vies vendredi. Lycéen, il avait échappé de peu à l’expulsion en 2009. Il a été régularisé en 2011 avec le soutien de RESF.
Certains veulent lui décerner la légion d'honneur, Lassana espère juste un jour être français...

SP : Et maintenant on fait quoi ?

 

M C² : On continue à penser, dénoncer, caricaturer, blasphémer... et à rire. Je ne serai jamais Charlie, mais je l'aime.

 

 

 

Et elle lève sa bolée vers un ciel plombé comme une mine de crayon.

 

 

 

Yec’hed mat ! A la santé de Charlie !

 


14/01/2015
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95/ Parce que l’indignation ne vaut que si elle est un préalable à l’action !


Janvier 2011


Mamie CRA CRA a reçu dans sa boîte mail quelques messages dont deux - un d'ici, un de Là-bas - qu'elle a envie de partager, notamment parce qu'ils ne font pas l'unanimité et suscitent la réflexion. Rassurez-vous, rien de grandiloquant ni de compromettant, non. Quoique.


Tout d'abord, les vœux de celui qui n'est qu'un homme, mais un qui se veut porte-parole des morts comme des vivants, des sans voix comme des aphones afin de réveiller ceux qui ont oublié que dans le grand livre de l'existence chacun a voix au chapitre... Et tant pis si on lui reproche d'être pétri de bons sentiments et un peu "court", ça fait bonne mesure avec les silences des uns et les insanités des autres. Le succès de son opuscule nous en dit surtout long sur la mesure du vide qui règne en ce début de XXI ème siècle : il nous rappelle la nécessité de penser, le devoir de s'insurger, la nécessité de résister.

L'aurions-nous donc oublié ?

Le titre lui-même suffit ; une injonction évidente (mais surtout ni permanente ni stérile !) qui en précède d'autres plus subversives moins explicites : et si nous prenions les armes légales qui sont à notre portée ? nos pieds pour taper dans la fourmilière en plus de battre le pavé ; nos voix courtisées mais insuffisamment portées et écoutées ; nos mains pour dégager les obstacles au lieu de les contourner et nous saisir d'outils qui sont à notre disposition - mots, sons et images, autant d'armes de destruction massive du mur d'indifférence -, d'autres les maniant avec brio pour nous emmurer... avec notre consentement tacite.


A vous de vous faire un avis.

Les vœux de résistance de Stéphane Hessel


Mes chers compatriotes,


La première décennie de notre siècle s'achève aujourd'hui sur un échec. Un échec pénible pour la France ; un échec grave pour l'Europe ; un échec inquiétant pour la société mondiale.


Souvenez-vous des objectifs du millénaire pour le développement, proclamés en 2000 par la Conférence mondiale des Nations Unies. On se proposait de diviser par deux en quinze ans le nombre des pauvres dans le monde. A la même date, on entamait une nouvelle négociation pour mettre un terme au conflit vieux de trente ans du Proche Orient – les Palestiniens auraient droit à un État sous deux ans. Échec sur toute la ligne! Une plus équitable répartition entre tous des biens communs essentiels que sont l'eau, l'air la terre et la lumière? Elle a plutôt régressé, avec plus de très riches et plus de très très pauvres que jamais.


Les motifs d'indignation sont donc nombreux. Ce petit livre Indignez-vous! – qui a eu un extraordinaire succès auprès des parents, et plus encore de leurs enfants, auxquels il s'adresse –, c'est quelque chose qui me touche profondément. De quoi faut-il donc que ces jeunes s'indignent aujourd'hui ? Je dirais d'abord de la complicité entre pouvoirs politiques et pouvoirs économiques et financiers. Ceux-ci bien organisés sur le plan mondial pour satisfaire la cupidité et l'avidité de quelques-uns de leurs dirigeants ; ceux-là divisés et incapables de s'entendre pour maîtriser l'économie au bénéfice des peuples, même s'ils ont à leur disposition la première organisation vraiment mondiale de l'histoire, ces Nations Unies auxquelles pourraient être confiées d'un commun accord l'autorité et les forces nécessaires pour porter remède à ce qui va mal.


Au moins nous reste-t-il une conquête démocratique essentielle, résultant de deux siècles de lutte citoyenne. Elle nous permet de revendiquer le droit de choisir pour nous diriger des femmes et des hommes ayant une vision claire et enthousiasmante de ce que la deuxième décennie qui s'ouvre demain peut et doit obtenir. Voilà la tâche que je propose à tous ceux qui m'écoutent. Qu'ils prennent appui sur les auteurs courageux qui se sont exprimés ces derniers mois, sur Susan George et son beau livre Leurs crises, nos solutions, sur Edgar Morin et son dernier tome L'Ethique, sur Claude Alphandéry et ses propositions pour une économie sociale et solidaire. Avec eux, nous savons ce qu'il est possible d'obtenir.


N'attendons pas. Résistons à un président dont les vœux ne sont plus crédibles.


Vivent les citoyens et les citoyennes qui savent résister !


C'est dit.


Elle relaie aussi d'autres mots, adressés à la CEDEAO, qui ne sont pas mâchés non plus, mais offerts en partage. Parce qu' Ici comme Là-bas, l'information est cruciale, difficile à obtenir, souvent partielle et parfois partiale ; parce que tenter de comprendre est plus complexe que détourner la tête, fermer les yeux ou bêler au milieu des loups ; parce que les premières heures de l'année se sont égrenées au rythme de cet appel faisant résonance aux désordres du monde qui s'amplifient de manière sinistre dans la nuit ivoirienne.

C'est transmis.



Enfin, elle se demande quelle bonne fée ira se perdre pour se pencher sur la couveuse du nourrisson dont la maman demandeuse d'asile, est morte en le mettant au monde cette semaine, en Bretagne ?


qui soutiendra son papa encore enfermé dans un CRA à l'autre bout de l'Europe ?

qui veillera sur ses frères alourdis de chagrin réalisant à peine le poids de cette perte fondamentale qui s'ajoute à toutes les précédentes malgré leur si jeune âge ?

qui entendra les cris du jeune Soudanais qu'on tente de renvoyer, sans état d'âme, vers un pays en guerre ?

qui réussira à expliquer que ni le nouveau mur entre la Grèce et la Turquie, ni celui qui devrait protéger Israël des invasions fantasmées de Subsahariens ne sont des solutions aux inégalités du monde (croissantes, de plus en plus évidentes, de moins en moins acceptées, elles poussent les hommes à devenir des passe murailles au risque d'une vie à laquelle personne, même plus eux, n'attache de prix) ?

qui s'interrogera sur les allées et venues au CRA qui se remplit brutalement en fin de semaine, qui se vide au rythme des décisions de justice - inCRAcérant, prolongeant, incarcérant, éloignant, expulsant, faisant réadmettre, remettant dans la rue -, des décisions d'injustice si l'on se réfère à la Déclaration Universelle des droits de l'Homme quelle que soit la langue employée ?

le français, Article 13
1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un État.
2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays

l'arabe 13 المادة
1. لكل فرد حق في حرية التنقل وفى اختيار محل إقامته داخل حدود الدولة.
2. لكل فرد حق في مغادرة أي بلد، بما في ذلك بلده، وفى العودة إلى بلده.

le mongol, Арван гуравдугаар зїйл
1. Хэн ё бай улс орны дотор ёєлєєтэй зорёих, оршин суух газраа ёєлєєтэй сонгон авах эрхтэй. 2. Хэн ё бай
аль ё улс орныг, тїїний дотор эх орноо орхин явах, эх орондоо эргэж оёих эрхтэй.

le breton, Mellad trizek (13)
1. Pep den en deus gwir da vont ha dont en e frankiz ha da zibab e annez e diabarzh ur Stad.
2. Pep den en deus gwir da guitaat ne vern pe vro, da guitaat e vro-eñ zoken ha da zont en-dro dezhi.

qui nous réveillera enfin de cette torpeur envahissante, de moins en moins culpabilisante et déchirera ce voile d'impuissance acceptée qui nous sied si bien ?

Qui ou quoi ?

peut-être la jeunesse du Maghreb qui part en lutte "contre la vie chère" ou tout simplement pour une vie digne ;


peut-être les bruissements des peuples du monde qui se lèvent parce qu'ils ne peuvent plus rester assis en un impossible équilibre ni ne veulent vivre couchés ;

peut-être nos enfants qui n'ont pas encore appris à haïr, à mépriser et à tout accepter ;

peut-être ces jeunes ou vieux, qui auront désappris à rester dans les rangs en prenant le risque des chemins de traverse qu'on emprunte parfois seul : ils croisent forcément ceux des autres, par exemple le chemin buissonnier d'un vieil homme digne qui incite à l'indignation comme préalable au mouvement ou les chemins de terre de ceux qui refusent de cautionner, même en se taisant, toutes les indignités

?







09/01/2011
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94/ C’est la rentrée des crasses

Semaine 31 

 

Aiguisez vos crayons et vos mollets, la rentrée va être « chaude » !

Même si ce blog a sommeillé durant l'été, Mamie CRACRA, à l'instar de nombreux militants, est restée vigilante. Après avoir brièvement hésité à demander l’asile à une île paradisiaque, elle est rentrée, bien décidée à continuer de combattre l'inacceptable ; car le pire est devant nous, si nous laissons faire.

Pendant que les Français savouraient les langueurs de l'été, le gouvernement s'activait à faire du tri humain en séparant le bon grain de l'ivraie : dehors les Métèques, les Roms, les voyous, les Français fraîchement naturalisés... On amalgame fielleusement immigration et délinquance, on revendique la nécessaire déchéance de la nationalité, on cloue au pilori l’égalité entre les hommes, les libertés, le respect des droits humains. La xénophobie d’Etat applique tout en finesse le bel humanisme sarkozien qui s'en prend au pauvre (pour soulager le riche), au Rom (loin d’être le seul objet de son ressentiment) et à l’étranger (parce que ça détourne aussi l’attention et que Woerth le vaut bien).

 

La "route du Rom" est de plus en plus houleuse depuis qu'Hortefeux a de nouveau le vent en poupe et fait équipage avec Besson : destruction des campements d'infortune des Roms et leur retour « h-u-m-a-n-i-t-a-i-r-e », expulsion de centaines de familles, poursuite de la chasse à l'enfant. Au CRA de Rennes, 4 familles ont fait une incursion estivale, pour une nuit ou deux, avant d'être réadmises ou libérées par le JLD (au moment où Mamie CRACRA rédige ces quelques lignes, une 5ème famille est annoncée).

 


Le sourire de Robert et Aram après leur libération du CRA de Rennes


Battant la campagne – moins verte qu'ouvertement xénophobe - du président de la République, les boucs émissaires sont contraints de retourner brouter l'herbe dans leur prairie d'origine. Bouchons et charters plein de gens bronzés sur la route des retours de vacances, bouchons et charters plein de gens bronzés sur la route des expulsés, ça sent la fin de l’été.

On perçoit comme une urgence : il faut vite se débarrasser de tous ces indésirables avant la rentrée scolaire qui annonce le retour des forces militantes. Il faut agir contre ces dangereux parents indéfinissablement étrangers (ces rejetés dont les rejetons sont parfois nés en France), les arracher au plus vite à leur famille, les placer en rétention puis les expulser, ni vu ni connu. Si on pouvait en plus se dispenser d’en parler… Mais des familles ont été ainsi démembrées et l’intérêt des enfants a été piétiné une fois de plus …

De Grenoble et d'ailleurs, les faits et dits du chef d'Etat et de ses ministres ont provoqué une très vive et légitime émotion, en France comme à l’étranger. Le 4 septembre, dans presque une centaine de villes auront lieu des rassemblements ou des manifestations de protestation sur l’initiative d’associations, de syndicats et de partis. A Rennes, nous vous attendons nombreux, dès 14h, place de la Mairie.

 

Et ce n’est qu’un début. Face à cette droite décomplexée qui ostracise à tour de bras, nous ne pouvons pas baisser les nôtres. Indignés quand nous apprenons l'arrestation de ce père de famille kurde de Rennes devant ses jeunes enfants, révoltés devant celle de leur mère deux heures plus tard, tout sauf résignés ! . Les mois passent et les lois se durcissent, si le projet Besson était adopté, il permettrait notamment d’aggraver encore les conséquences de ces expulsions en permettant un véritable bannissement des expulsés qui, pendant deux à cinq ans, ne seraient plus admis dans aucun pays de l'espace Schengen…Une double peine qui ne dit pas son nom.

A l'appel de la Coordination Régionale, une manifestation, est prévue contre ce projet le 25 septembre, à 15h, place de la Mairie de Rennes.

 

Mais Il faut, dès maintenant, faire savoir ce qui se passe à ceux qui l'ignorent encore, ce qu’on en pense aux responsables de cette politique inique, sans manquer de protester auprès des préfets qui oublient qu'ils ne sont pas seulement des commis de l'Etat mais des hommes capables de faire valoir leur libre arbitre plutôt que de céder à l'arbitraire.

 

Pourtant, il y aura également des moments festifs : le 18 septembre à Bercy, aura lieu un grand concert de solidarité et de protestation contre la xénophobie d’état, celle des propos de M. Sarkozy, de ses ministres et autres hommes de main, et celle de la future loi Besson, en présence de travailleurs sans papiers et des familles (www.rocksanspapiers.org).

Plus localement, à Rennes, un concert sera organisé sur l’initiative de RESF le 24 septembre à Rennes, à partir de 18 h à la ferme de la Harpe.

 

 

Quelques révisions de rentrée scolaire 

 

Histoire :

"Le régime de Vichy est le seul dans l'histoire française à avoir pris des mesures massives de déchéance de la nationalité".

 

Littérature

Lettre de Gustave Flaubert à Georges Sand (XIXème siècle)

 

“ Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s'étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j'en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L'admirable, c'est qu'ils excitaient la Haine des bourgeois, bien qu'inoffensifs comme des moutons.

Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols. Et j'ai entendu de jolis mots à la Prudhomme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d'ordre. C'est la haine qu'on porte au Bédouin, à l'Hérétique, au Philosophe, au solitaire, au poète. Et il y a de la peur dans cette haine.

Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m'exaspère. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton. ”

 

Mathématiques :

Combien de signatures au bas de cette pétition quand vous aurez ajouté la vôtre ?

//nonalapolitiquedupilori.org/

 

Linguistique :

Que signifie le mot Rom ?

(En langue romani : Être humain)


31/08/2010
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93 / Chronique d'un retour au pays natal


Semaine 18

Depuis quelques semaines, Mamie CRA CRA a limité ses chroniques passées d'hebdomadaires à épisodiques. Cela ne veut pas dire qu'elle n'a rien à dire, juste qu'elle le fait autrement, mais ceci est une autre histoire. Des histoires, justement, elle en a plein les oreilles, les mails et les SMS, des histoires sans fard qui disent l'horreur ordinaire, celle qui se nourrit d'ombre et passe rarement dans la lumière. Justement, en voici une  envoyée par un homme refoulé dans son pays d'origine où il a accepté d'être renvoyé, parce qu'il n'imaginait pas s'opposer à ce retour forcé, parce qu'il n'en pouvait plus de se sentir indésirable. Voici son récit anonymé qu'il souhaite faire partager :





Bonjour,
 
Mon Dieu! Quelle galère! Je vis ce retour forcé pire que je ne l'ai imaginé.

Tout d'abord, j'ai préalablement écris ce message sur papier libre avant de "l'e-mailer". Parce que d'une part, il n'y a pas d'électricité pour espérer avoir une connexion Internet qui, d'autre part, est extrêmement lente et sujette à coupure régulière.
 
Dans la capitale de mon Pays natal, l'électricité est fournie aux foyers 1 jour sur 3 selon les quartiers ! Ce qui fait que tout un pan de milliers de foyers, de petits commerçants et artisans se retrouvent régulièrement privés d'électricité plus de 24H durant!

Mais passons.
 
Car le pire n'est pas là pour moi. Le pire est d'avoir perdu LE socle de mon avenir privé et professionnel. Le socle qui m'aurait permis de regarder devant moi et avancer. Ce socle, c'est ma famille.

Mon arrivée ce Mercredi 5 Mai 2010 (le jour où tout a basculé vraiment), je n'ai vu aucun membre de ma famille. Ni celui qui devait m'accueillir à l'aéroport (c'est à dire mon propre frère), ni ma mère, ni mon père, ni qui que ce soit d'autre.
 
Le vide total !
 
Je suis bloqué aux alentours de l'aéroport. Sans document d'identité. Sans sous; à part quelques dizaines d'euros que j'ai retirés par chance quelques jours plutôt en France.
 
Mon Dieu! Quel malheur!
Dès l'arrivée à l'aéroport, des ennuis ont commencé. D'énormes ennuis.

À l'arrivée donc, bien que descendu de l'avion librement (c'est à dire sans escortes), je fus récupéré par des gendarmes du "service de l'immigration/émigration" . Des  pseudo-gendarmes dirais-je. Ils m'ont placé en garde à vue pendant au moins 6 heures. Non pas pour vérifier mon identité ou répondre à je ne sais quelles procédures de reconduite mais plutôt pour fouiller dans mes affaires en espérant trouver des objets de valeur.
 
Malheureusement pour eux, il n'y avait que des documents administratifs pour l'essentiel. Ils m'ont quand même pris quelques objets avant de me libérer non sans m'avoir averti. "Ici" me disait un lieutenant, "les refoulés sont mal vus". Un refoulé. C'est à dire un reconduit à la frontière comme moi. Un refoulé. J'en suis donc un. Et c'est mal vu. Mal vu pas seulement par les concitoyens, mais aussi "par sa propre famille" renchérissait un autre agent. Car un refoulé comme moi est une honte pour la famille. Il est sale et porte la poisse. Je serais donc sale et porterais la poisse ! Qu'elle a changé ma famille ou plutôt on ex-famille.

J'ai composé une dizaine de numéros de téléphone. Tous appartiennent aux membres plus ou moins proches de ma famille. Sans succès. Certains d'entre eux ont même décroché mais immédiatement raccroché en sachant que c'est moi qui suis à l'autre bout du fil.


Le choc est vraiment terrible.

Je me rend compte que je n'ai plus d'attache familiale dans mon Pays. Quelle malédiction ! J'ai l'impression de chuter indéfiniment dans une abîme. Pourquoi tant de circonstances négatives à mon encontre ? Je ne sais y répondre. Maintenant, c'est mon espoir de construire une nouvelle vie dans mon pays qui est fortement compromis, voire devenu impossible.

Mon frère n'habitant plus à la dernière adresse connue, c'est un ancien collègue de classe à l'école primaire qui m'héberge chez lui pour une semaine. Après, je ne sais ce qui peut m'arriver. Je suis comme étranger dans mon propre pays. De plus, sans aucune pièce d'identité. Ce qui est particulièrement dangereux ici. Les pseudo-gendarmes ayant confisqué mon passeport provisoire sans aucune raison.

48 heures ont suffi pour me faire regretter profondément ce retour forcé.

Je savais que ça allait être difficile. Mais pas autant. Je n'arrête plus de penser à mon entreprise restée en France. Je viens de lire le message de validation de deux devis de la part d'un de mes clients. Le début des travaux était prévu fin Mai.

Je suis vraiment perdu. 12 ans sans mettre pied chez moi!

Dans la rue où je suis hébergé provisoirement, des kilomètres de jeunes gens désœuvrés, sales et affamés pour la plupart s'entassent sous une température de 35°.

C'est l'enfer !

Voilà. Ce sont mes premières nouvelles comme promis. Et vous l'aurez remarqué; je les ai données 4 jours après mon arrivée pour des raisons que j'évoquais en début du message.

Je vous en donnerai d'autres dès que je pourrai.

Avec mon argent de poche, je me suis procuré un téléphone portable bricolé et une puce. Si vous le souhaitez, contactez-moi (mettez un commentaire à 
Mamie CRA CRA qui fera suivre).

Merci d'avance de votre témoignage d'amitié et pour le temps que vous prenez pour cela.

Mes amitiés depuis mon Pays natal.

K.D.

PS : Merci de faire partager à votre réseau.



09/05/2010
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92/ Vœux, aveux, désaveux

Semaines 1 et 2

 

En ce début d'année, il suffit de lire et d'entendre le chef de l'Etat français, le Premier ministre et le ministre de l'immigration etc. pour comprendre que leurs vœux claquent comme des aveux d'égotisme et de sémantisme assumés (Cf. définition de la rousse Mamie CRA CRA : Sémantisme : trouble sémantique mettant en évidence une déficience de compréhension des unités linguistiques ; exemple : utilisation erronée, répétée de l'adjectif " solidaire" provoquant des confusions).

 

Le premier, fier de sa gestion de la crise, est tout gonflé d'orgueil quand il demande à ses ministres de " travailler dur et de faire preuve d'audace en 2010 " mais aussi de " rester unis et solidaires ". Il annonce en fanfare une année de " renouveau " (Cf. définition du Larousse : Renouveau : retour à un état précédent après un déclin). Aveu donc du déclin en 2009 ! Quant à la solidarité ? Revoir la définition et les implications.

 

Le deuxième formule des vœux de " croissance pour l'année 2010, d'une croissance solidaire d'une croissance éthique [NDLR : un autre adjectif, marque de sémantisme (voir définition plus haut)] et d'une croissance durable " [NDLR : encore un autre adjectif, marque de sémantisme (voir définition plus haut)].

 

Quant au troisième, qui est aussi Ministre du Développement Solidaire, (et Mamie CRA CRA s'arrête là pour les sinistres vœux, car elle frise déjà l'overdose de crise de mauvaise foi et de langue de bois), il s'offre un auto satisfecit facile, s'affirmant " heureux " d'un débat sur l'Identité Nationale "très encourageant" et ayant connu un "immense succès populaire". Sémantisme encore. Pour lui aussi, une fin d'année en forme d'aveu d'abjection avec la confirmation de l'expulsion de neuf Afghans mi-décembre 2009 ; un début d'année 2010 qui s'annonce comme un aveu d'impuissance et surtout d'incompréhension totale quand le 5 janvier, à la suite de la noyade de neuf migrants tentant de rejoindre la Grèce, il dénonce les filières d'immigration clandestine et appelle l'Union Européenne à " accélérer le renforcement de la surveillance des frontières européennes ". Car de fait, ce que vous souhaitez, M. Besson, c'est qu'ils n'arrivent plus à nos portes, ces étrangers illégaux qui font désordre, - quelle que soit leur légitimité pour partir et l'impossibilité de le faire légalement - ; qu'ils périssent ailleurs loin des yeux et du cœur de l'Europe ; que nous restions sourds aux cris, aux murmures, aux silences rugissants des refoulés - morts et vivants - face à ces murs dressés toujours plus haut, à ces frontières matérielles et mentales érigées en garde-fous en feignant d'ignorer que nous sommes les fous, bref que nous nous con-gratulions entre Français de bon aloi, fiers de l'être et âpre à avoir plutôt qu'à savoir, pour nous rassurer face à ce que nous ne nous efforçons pas de pas voir ou comprendre, à votre instar…

Selon FORTRESS EUROPE (observatoire international des victimes de l'émigration) //fortresseurope.blogspot.com/2006/02/immigrs-morts-aux-frontires-de-leurope.html  14.899 immigrés sont morts aux frontières de l'Europe depuis 1988. (MAJ 19/12/09).
Sur la banderole, réalisée par le Cercle de Silence de Paris et emportée au Mali par RESF pour la durée du colloque MIGRANCES 2009, sont couchés les noms de quelques unes de ces nombreuses victimes. Elle témoigne de l'engagement de tous ceux, au Nord comme au Sud, qui combattent pour un monde plus juste, plus humain et plus fraternel.

 

Malgré les mots qui ronronnent et les promesses qui n'engagent que ceux qui perdent leur temps à les écouter, c'est donc un désaveu flagrant que vous nous proposez en ce début d'année, celui d'une société égalitaire, équitable, fraternelle, humaniste en somme.

 

Nous prenons acte et refusons de rentrer dans le rang des panurgistes pliant aux desiderata présidentiels ou à ceux de ministres. Nous sommes fières d'être ces " droits-delhommistes " et " sans-frontièristes " - conspuées par le sinistre écrivant-ministre -, d'ordinaires Citoyennes du Monde qui ne revendiquent pas seulement le droit à un monde plus juste mais luttent pour avec les Innombrables, Désobéisseurs, BReizhistants, et autres InSoumissibles qui ne céderont jamais  !

 

Bonne Année de Breizhistance et de combat contre les injustices !

 

Les Marie-pas-si-Claires

 


07/01/2010
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