Indymédia Lille
Les conflits auxquels tous ont pu assister ces dernières semaines sont tout à fait révélatrices du climat de profonde division qui règne parmi les organisations de soutien aux sans papiers, mais aussi au sein de la contestation en général, qui ne cesse de s’affaiblir en se laissant déstabiliser par les luttes d’intérêts.
Depuis la grève de la faim menée par les sans papiers en 2007, puis les attaques des autorités à l’égard des représentants du CSP 59 qui ont suivi, la lutte pour la régularisation des sans papiers dans le Nord s’est engagée dans une spirale malsaine, où chacun reproche à l’autre les conséquences malheureuses d’une grève trop peu suivie de résultats : une trentaine de régularisés seulement…
Où en sommes-nous aujourd’hui ? Où en est la bataille pour la régularisation de tous les sans papiers ? Qu’en est-il des occupations, des rassemblements et des coups de gueule contre la xénophobie d’Etat ? C’est une véritable crise politique que vit le mouvement des sans papiers ! Pourquoi ne sommes-nous pas en mesure de nous accorder pour exiger bruyamment et unanimement l’ouverture des frontières, la fin de l’enfermement des étrangers et l’abolition des lois xénophobes qui régissent l’immigration sur notre continent ? Au lieu de cela, chacun semble protéger jalousement son territoire et ses réseaux, se refusant à laisser les sans papiers autogérer véritablement leur lutte comme c’est le cas en Belgique. Nous aurions pourtant tous à y gagner en nous organisant en soutiens plutôt qu’en gérants de la lutte des sans papiers.
On accuse le CSP d’obéir à des modes de fonctionnement autocratiques, voire staliniens, On accuse les associations telles que la Cimade, le MRAP ou la LDH de ne pas être suffisamment politiques et de se contenter d’un rôle humanitaire, On accuse le RUSF d’être trop tête brûlée ou trop libertaire, Tout le monde s’accuse et se jette la pierre, s’insulte et finalement détruit ce pourquoi nous nous battons : la reconnaissance des sans papiers et leur droit à vivre dignement où ils le souhaitent.
Et pendant ce temps là, les prisons pour étrangers continuent de fleurir ça et là, la répression à l’égard des bénévoles va en grandissant et nos frontières se ferment toujours davantage. Les associations ayant une légitimité à accompagner les migrants dans leurs démarches auprès des préfectures et à l’intérieur des centres de rétention sont exclues et remplacées par des vassaux du gouvernement. Les rafles et expulsions augmentent de plus belle…
L’heure est grave, mais certains préfèrent jeter des chaises sur d’autres pour maintenir leur hégémonie, préfèrent se calomnier et créer de mini scandales pour ne pas avoir à faire de bilan de cette année passée, absolument catastrophique pour l’ensemble du mouvement pour les sans papiers.
Qu’ils soient étudiants, travailleurs au noir ou clandestins, qu’ils vivent en cité U, dans les foyers Areli, dans la forêt ou dans des squats, dans des chambres d’amis ou sous les ponts, les sans papiers ont tous le même rêve : trouver un endroit viable pour disposer d’une vie normale, étudier pour trouver un emploi qui leur permette de survivre au mieux à la violence du système capitaliste, échapper à un passé traumatisant et se reconstruire en sécurité. Nous sommes tous des sans papiers face à la violence des rapports sociaux que produit le système capitaliste, et nous avons tous besoin de surpasser nos divergences pour marcher de front et nous reconstruire collectivement, en dehors des rapports de domination.
Cessons d’offrir aux autorités le spectacle de notre décadence politique et tentons de trouver des solutions pour construire ensemble des formes de lutte qui fassent véritablement pression sur l’Etat et ses sbires. Combien sommes-nous a vouloir remettre sur pieds un mouvement des sans papiers revendicatif et déterminé, offensif et véritablement politique ? Nombreux, je n’en doute pas.
Alors je vous propose, quitte à ce qu’on m’accuse d’être démagogue comme j’ai pu le lire, de répondre à deux rendez vous importants, pour discuter, agir et retrouver des passerelles entre nos différents groupes :
ce 2 mai 2009, à l’appel du SOS Soutien ô sans papiers, à 15h devant le CRA de Coquelles (Calais).
du
23 au 29 juin 2009, pour un campement no border à Calais, organisé en
collaboration avec des organisations et personnes de France,
d’Angleterre et de Belgique, afin de demander l’ouverture des
frontières et la fin de l’enfermement des étrangers. Des informations
plus complètes suivront dans les semaines à venir.
Sans oublier de discuter à Lille sur nos moyens de retrouver une certaine unité derrière la bannière des sans papiers, qui est une lutte humaniste qui doit savoir dépasser les oppositions partisanes.
DES PAPIERS POUR TOUS, OU PAS DE PAPIERS DU TOUT !
FEU AUX CENTRES DE RETENTION !
OUVERTURE DES FRONTIERES !
Eunous

Jeudi 20 mars, c'est le printemps, mais ça n'a aucune importance pour une mère et ses jeunes enfants qui viennent de passer une nouvelle nuit au CRA de Saint Jacques.
Cet après-midi, en même temps que leur maman, Mme B., originaire d'Arménie, trois enfants passent des heures enfermés dans une petite pièce au sixième étage du tribunal. Elle est présentée devant le JLD, puis attend sa décision. Malgré son inquiétude évidente, la maman est tendre, prévenante avec ses enfants qui viennent régulièrement la cajoler comme s'ils cherchaient à la consoler.
Seules "escapades" : la pause pipi et la comparution de leur mère devant le juge qui préfèrerait que les enfants ne soient pas présents. Mais les petits, trop inquiets, ne veulent pas se séparer de leur mère et assistent à tout l'entretien, témoins tendres et effarés d'un désespoir trop grand pour eux dont on peut juste espérer qu'ils n'ont pas compris tous les mots exprimés dans des langues qui leur sont aussi étrangères que la procédure.
Seule alternative à leur angoisse et à leur désœuvrement : le sommeil et le dessin.
- M, 3 mois, la plus jeune, est la seule à parvenir à dormir. Elle sommeille dans sa poussette pendant presque tout le temps, sage comme une image.
- Le petit cadet, 3 ans, dessine rageusement sur des feuilles blanches qu'il froisse à chaque fois.

- L'aîné, 4 ans, s'applique et refait plusieurs fois le même dessin avec des crayons d'une couleur différente ; il tente une explication en arménien, en allemand , en français avant de tout froisser puis de les ramasser.

Tous les quatre sortiront libres du Tribunal, complètement perdus, meurtris aussi.

L'enfant Z. regarde l'avion, puis s'applique pour faire son propre dessin. Il dit à son père :
"Tiens, voilà mon rêve ."
Le rêve de Z.

Un matin, au Tribunal administratif, pendant que le juge se retire pour délibérer, un enfant demande à son papa qu'il est allé voir en rétention : " Dessine-moi un avion".
Le cauchemar de Papa
