Sans Patrie41/ Go home !Semaine 23
C'est bientôt l'été, avis de tempête sur les sans-papiers. Ni vacances, ni transhumance vers les plages ensoleillées. Pendant que certains s'envoleront en famille - et sans état d'âme - vers des destinations lointaines, grâce aux miles engendrés à chaque escorte, d'autres voyageront menottés, bâillonnés et scotchés vers un retour contraint et forcé au bercail. Go home ! Comme chaque année, Mamie CRA CRA craint que la période estivale et les vacances scolaires soient propices aux expulsions. Durant l'été, les parents ayant des enfants scolarisés ne bénéficient plus autant de la protection des enseignants, des parents d'élèves et des militants qui font pression sur les préfectures pour éviter la séparation brutale d'un membre de la famille.
En lisant la presse, Mamie CRA CRA est inquiète. La fameuse "directive de la honte" semble satisfaire l'Union Européenne en harmonisant par le bas les normes en vigueur et en banalisant le principe de l'enfermement comme mode d'accueil des migrants dont le seul crime est d'aspirer à une vie meilleure. Non seulement ils seront expulsés, mais en plus bannis, des fois que l'envie leur prendrait de revenir. Pas besoin de les marquer au fer rouge ni de leur tatouer un numéro indélébile sur la peau, de toutes façons ils sont déjà fichés à vie dans toute l'Europe grâce à leurs empreintes. L'idée de vivre dans une forteresse infranchissable où il faut montrer "patte blanche" pour rentrer est inacceptable. Mamie CRA CRA sait que ces mesures ne sont pas dissuasives pour ceux qui ont décidé de migrer, mais qu'elles les pousseront à prendre plus de risques pour rentrer illégalement sur notre territoire. Ce n'est pas la crise alimentaire qui sévit actuellement sur la moitié de la planète qui va freiner les flux migratoires. On estime à 850 millions le nombre de personnes souffrant aujourd'hui de la faim dans le monde. Comment empêcher cette population de tenter sa chance ailleurs, alors que les images de notre société de consommation polluent tous les écrans de la planète ? Le sommet de la FAO s'est terminé sur de belles déclarations d'intention et la promesse de réduire la moitié des affamés d'ici... 2015 ? D'ici là, l'autre moitié sera déjà morte de faim ou parquée dans des camps aux frontières de l'Europe, se dit Mamie CRA CRA dans un excès de désespoir. Vivement 2030, on nous promet une Europe pluriculturelle et métissée pour faire face à une population vieillissante à laquelle Mamie CRA CRA appartiendra. Alors elle se prend à rêver du jour où elle racontera à ses petits-enfants incrédules comment, pendant cette période révolue du début du siècle, les étrangers sans-papiers étaient traités en parias. En attendant que les prédictions des démographes se réalisent, Mamie CRA CRA a le temps de se faire des cheveux blancs...
Sur le plan national, rien de plus rassurant. Le droit des étrangers se réduit comme une peau de chagrin. Dans le cadre de la modernisation des institutions de la Vème République, un nouvel amendement concerne le contentieux de l'éloignement des étrangers qui ne serait plus confié qu'à une juridiction unique et spécialisée. Le législateur pourrait alors supprimer l'un des contrôles exercés par les magistrats judiciaires et administratifs. Sous prétexte de simplification et d'efficacité, cet amendement vise en réalité à affaiblir les garanties juridictionnelles et à faciliter les expulsions. Tout va bien ! Un rapport alarmant vient d'être publié par l'ODCE (Observatoire du Droit à la Santé des Etrangers) sur la régularisation pour raison médicale. Depuis 10 ans, la loi Chevènement garantissait un titre de séjour aux étrangers malades avec autorisation de travailler. Depuis 2002, N.Sarkozy tente de limiter ce droit aux "pathologies d'une extrême gravité sans traitement approprié dans les pays d'origine" et le droit au travail n'est plus automatique. Mamie CRA CRA a rencontré cette semaine au CRA de Rennes un jeune Algérien souffrant d'une lourde pathologie cardiaque. Elle s'est étonnée de son maintien en rétention. Après avoir interrogé la Cimade, elle a appris que son dossier médical était transmis au médecin de la DASS mais que celui-ci refusait de l'examiner tant que la préfecture n'en faisait pas la demande. Lors d'un premier placement au Mesnil-Amelot en 2006, ce retenu a été libéré suite à un malaise lié au stress intervenu dans le bureau du juge qui a nécessité plusieurs jours d'hospitalisation. Avant de perdre connaissance, il a entendu un gendarme grincer : "simulateur"... Une douleur s'ajoute à la première. Car malade ou pas, un sans-papier est avant tout un fraudeur potentiel, un faux malade en puissance, l'avis du médecin inspecteur est donc assorti systématiquement de l'appréciation du préfet qui n'hésite plus à violer le secret médical. Atteint d'une maladie grave (diabète, cancer, VIH...), un étranger renvoyé dans son pays risque la mort ou de graves complications, notamment en Afrique où les traitements sont chers et uniquement disponibles dans les grandes villes. Rentrez donc mourir au pays, l'immigration choisie n'a pas besoin de vous ! "Go home ! et à jamais" semble le seul mot d'ordre sur lequel s'accordent tous les pays européens à l'unisson. Lors du dernier parloir sauvage, un militant a justifié la présence des visiteurs face aux retenus en ces mots : " Nous sommes là pour vous apporter notre soutien. Nous réclamons la régularisation de tous les sans-papiers et la fermeture de tous les centres de rétention". Cette annonce grandiloquente et inattendue a suscité un éclat de rire général parmi les Africains présents tant cette revendication leur semblait utopique. Ils en riaient encore deux jours plus tard. Tous n'ont pas ce sens de l'humour derrière les grilles et les barbelés du CRA, l'été qui s'annonce risque de faire perdre le sourire à beaucoup d'entre-eux. Ne baissons pas la garde !
Article ajouté le 2008-06-10 , consulté 40 fois CommentairesLiensVoir les articles de la catégorie " CHRONIQUE : La semaine de Mamie CRA CRA, Mam Goz et citoyenne ordinaire "Retour aux articles |