42/ Rire et sourire !

Semaine 24

"Peut-on rire ou sourire de tout ?". En cette semaine d'avant-Bac, Mamie CRA CRA ne souhaite pas donner une réponse philosophique, mais elle se dit juste que rire et sourire, ça fait plutôt du bien. Que l'actualité lui donne mille occasions de rire et autant de pleurer, l'ambiguïté étant que parfois les mêmes faits ne provoquent pas les mêmes effets …

Premiers sourires.

Un couple de jeunes Mongols, très chers au cœur de nombreux Bretons de la région, qui avaient été déboutés du droit d'asile, viennent de recevoir la réponse de leur demande de recours auprès de l'OFPRA : régularisés au titre de la protection subsidiaire ; une rareté qu'ils ne cherchent pas à s'expliquer, la justice tout simplement, la possibilité de construire enfin sa vie, de cesser de se cacher, de dépendre des autres, de s'assumer en tant qu'être social, en tant que couple, de faire des projets, bref de sortir d'une clandestinité insupportable. Ne plus être une femme ou un homme traqué que le moindre pas fait dans la rue met en danger ; pouvoir sortir la tête haute, travailler, étudier, fréquenter les bars de la place Sainte Anne, les stations du métro rennais, les salles de concert, passer devant les agents de la PAF qui squattent la gare sans la crainte d'être arrêté après un contrôle puis inCracéré, jugé, expulsé. Le jeune homme a eu de la chance, il y a à peine quinze jours, il s'était jeté dans la gueule du loup et avait terminé au CRA de Saint Jacques. Moins une et il était " éloigné ", expulsé vers un pays dont il chérit le souvenir mais où sa vie est en danger. Ces quelques jours de rétention lui font encore froid dans le dos tant la peur était enkystée jusque dans les murs de sa chambre et dans la peau de ses compagnons de déroute. Ils accèdent juste à ce qu'on considère comme la vie ordinaire et qui est pour de nombreux humains un rêve inaccessible alors qu'il est légitime. Ils ont pleuré de joie puis souri à la vie après avoir sangloté discrètement durant tous ces mois de clandestinité qui a suivi l'espoir bafoué à de nombreuses reprises. Ils sont la preuve qu'il ne faut pas désespérer.

 

Deuxième sourire, plus caustique, à la lecture d'un article de presse : l'Etat français a voulu expulser un homme mort ! Non ce n'est pas à l'autre bout du monde mais toujours en Bretagne, laboratoire de tout ce qui se passe sur le territoire national. A Saint Brieuc, un Arménien de 80 ans passés avait contesté son renvoi dans son pays d'origine. Le 12 juin, quand le Tribunal administratif a statué sur son sort, rejetant sa contestation et confirmant son éloignement du territoire français où se trouve une bonne partie de sa famille, l'homme était déjà mort et enterré depuis quinze jours. On peut rire du caractère grotesque de la situation (" l'état de santé " du chef d'une famille d'Arméniens établie à Saint-Brieuc ne saurait être " un obstacle à son retour en Arménie ",Ouest-France du 14 et 15 juin) et pleurer du caractère sordide de la situation d'un homme qu'on renvoie mourir au Pays quand il a refusé d'y vivre et qui, geste de résistance involontaire, meurt et est enterré sur le sol français.

 

Troisième sourire, jaune celui-ci, à la lecture d'une brève qui explique comment Hortefeux s'insurge devant l'expression employée par le Mouvement des Indigènes de la République (MIR) qui qualifie de " souchiens " les Français de souche. Le ministre trouve cela insultant car cette expression " peut s'entendre sous-chiens ". D'accord, ça sonne mal, et Mamie CRA CRA de s'interroger sur les différents suffixes possibles qui ont dû être étudiés et leurs diverses connotations : " Souchier " : pire encore, péjoratif ; " Souchiant " : on n'en parle pas ; " souchïque " : ça fait dessous-chics, pas possible ; " souchoux " : ça fait chouchou et partisan ; " soucheux " : pas très heureux. Elle, la Bretonne qui aime à revendiquer son appartenance culturelle, partiale et partielle au peuple breton – entre autre – se dit qu'il vaut mieux éviter de qualifier, de parler même de Français de souche ; ça donne l'impression d'un arbre mort qui se détache de ses racines, qui se recroqueville dans une forêt hostile ou des fûts bien fiers se dressent vers un soleil chèrement gagné quand des souches stériles se replient à l'ombre d'elles-mêmes. Non, se dit Mamie CRA CRA, nous sommes simplement des humains de souche dont jailli une forêt d'hommes et de femmes aux racines pivotantes ou affleurantes, profondes ou courant sur un sol multi-cultivé, aériennes, emmêlées ou dressées vers un ciel qui appartient à tous.

 

Eclat de rire. Mamie CRA CRA vient d'apprendre que Superdupont - sous la plume de Jean Solé - est de retour avec une seule obsession : " pourchasser l'ignoble ". Désormais, il voit la vie en couleur mais s'apprête à en voir de toutes les couleurs. Toute ressemblance avec...

 

Mais il n'y a plus ni rire ni sourire quand elle pense à la " Directive de la honte " comme la CIMADE a rebaptisé la loi sur l'immigration qui sera présentée au Parlement européen le 18 juin ; quand elle regarde le petit cortège rennais qui essaye d'alerter les consciences endormies du samedi après-midi ; quand elle a au téléphone, en direct d'Alger, l'Algérien cardiaque expulsé-éloigné sans avoir été averti la veille de l'affichage de son vol. Certes, la loi dit bien qu'il est légal de ne pas prévenir les personnes souffrant du cœur. Mais pourquoi ? En quoi être prévenu la veille est-il meilleur pour la santé que d'être réveillé à trois heures du matin, débarrassé brutalement de tous ses rêves et expédié au bled manu militari sans même avoir le temps de faire le deuil de ses espoirs, de s'habituer à son sort, voire de l'accepter ?

 

Non, décidément, tout cela, plus les menaces à peine voilées contre ceux qui font preuve de solidarité, ça ne la fait pas rire du tout.




Article ajouté le 2008-06-18 , consulté 39 fois

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