Sans Patrie44 / Non !Semaine 26
Semaine chargée. Elle commence le lundi par un parloir sauvage organisé pour montrer aux retenus que : Non ! les militants ne les oublient pas ; Non ! ils ne sont pas intimidés par les mesures de répression ; Non ! ils ne cèdent pas à la pression ; Non ! ils ne sont pas devenus transparents ou invisibles du jour au lendemain ; Non ! ils ne sont ni terroristes ni attentistes ; On ne leur collera ni la frousse, ni des étiquettes, ni même des suffixes ; On ne les bâillonnera pas et qu'ils resteront la voix des sans-voix ou des voix murmurées, voix individuelles et / ou chœur collectif - l'un n'empêchant pas l'autre (CF La Grive Courtoise) -, démarche politique, humaniste, culturelle, non, l'un n'empêchant pas l'autre, jamais ; Oui ! un soutien aux uns est aussi un soutien aux autres, un soutien à l'Autre avec ou sans papiers.
Dessin Lenaïg Elle se poursuit par les parloirs individuels, les requêtes, les récits de parcours d'hommes qui viennent de pays différents, dont les itinéraires ne se ressemblent pas mais portent tous la même marque : " Moi, le voyage que j'ai fait, même Christophe Colomb il n'aurait pas pu ! ". Les gendarmes sont un peu débordés mais plutôt corrects, sauf un qui semble s'être fait remarquer par l'ensemble des retenus visités. Encore un P. C., un petit chef comme on en trouve partout, un faible qui assoit son autorité sur la peur qu'il tente de susciter, joue avec les nerfs de ceux qui en plus d'être privés de liberté, inquiets de leur avenir, se retrouvent à affronter un mur de bêtise et d'arrogance. Mais les retenus ne se laissent pas faire, ils parlent, expliquent, ne courbent pas l'échine. Et P. C. disparaît de leur environnement. En vacances ? en pénitence ? muté ? éloigné ? Peu importe. C'est le résultat qui compte !
Un article paru dans Ouest France (24 juin 2008) fait bondir Mamie CRA CRA. Voilà que le CRA de Rennes serait devenu un anti-Vincennes, du genre modèle, " à la propreté irréprochable ", où il n'y a " pas eu d'enfants en 2008 ", avec un bon docteur polyglotte qui " destresse ceux qui arrivent " ! Elle croit rêver. Il suffit de relire les archives de Ouest France, les pages du site RESF, les pages de son carnet de blog, bref, il suffit de s'informer pour se dire que le sieur Barrot, tout commissaire européen à la justice qu'il soit, vient de tirer une superbe langue de bois à ceux qui sont retenus et à ceux qui luttent contre les CRA. On n'est jamais obligé de croire toutes les déclarations faites sans vérifier, il suffit de multiplier les sources d'information et de les croiser et les déclarations du commissaires nous éclairent sur ceux qui croient nous gouverner. Quelques jours plus tard, une brève dans le même quotidien précise qu' il y a eu en fait 9 enfants retenus, et de nombreux articles parus depuis août 2007 - date de l'ouverture du CRA -, et consultables dans les archives permettent de remettre en perspective les propos lénifiants.
Lors d'un parloir individuel, une visiteuse aperçoit des enfants. Des enfants ! Que nenni ! lui affirme t-on. Personne n'est au courant, personne ne les a vus. Non, ils n'existent pas. Elle sait qu'elle n'a pas la berlue, ils étaient bien retenus derrière les grilles du CRA (car oui, il peut y avoir des enfants visiteurs, ceux qui viennent accompagnés pour faire une visite à leur papa, leur maman, où même leurs grands-parents…). Alors, il ne reste qu'une explication, une réadmission si rapide dans un autre pays européen qu'ils n'ont fait que passer, pff…, ont à peine existé ; ils existent de toute façon si peu ! Malaise. Par contre elle a confirmation qu'un mineur est bien retenu dans le CRA depuis plus d'une semaine. Un jeune Soudanais qui a fui le Darfour et qui peine à faire connaître sa situation, retranché derrière la barrière de la langue et isolé à cause de l'éloignement des soutiens de sa région d'accueil.
Et va pour une avalanche de soutiens au collectif de soutien. Mamie CRA CRA soutient aussi, pour défendre les libertés, la liberté de penser, celle de s'exprimer, d'ironiser, de défendre les droits de l'homme, de ne pas marcher droit, de ne pas compter les moutons de Panurge avant de s'endormir, de dire Non !, le hurler même, à chaque fois que c'est nécessaire. Elle espère qu'après cette déferlante de soutiens, quand l'affaire sera réglée, les petits comptes avec la Paf soldés (c'est la période, profitons-en), il restera sur la plage non pas des pavés, mais des soutiens aussi nombreux ; des soutiens à tous ceux qui vivent dans la peur, dans une clandestinité difficile, parfois inévitable ou choisie par défaut, parce qu'entre deux maux il n'y a que soi-même pour savoir quel est le pire. Article ajouté le 2008-07-01 , consulté 112 fois CommentairesLiensVoir les articles de la catégorie " CHRONIQUE : La semaine de Mamie CRA CRA, Mam Goz et citoyenne ordinaire "Retour aux articles |