Sans Patrie

Aïcha, 15 mois, 10 jours d’enfermement

 

 

Charlie Hebdo - 13 novembre 2014

 

Monsieur et madame Koudousov, originaires de Tchétchénie, arrivent France en 2010. Une petite fille, Aïcha, naît. En quatre ans, les Koudousov ont tissé des liens à Perpignan, ils parlent parfaitement le français et disposent de promesses d’embauche. Mais, malgré l’évidence du danger qu’ils courent dans un pays toujours ravagé par la guerre, leur demande d’asile est rejetée — comme pour 85 % des demandeurs d’asile dans notre beau pays — et tous les recours sont épuisés. Le préfet des Pyrénées-Orientales, qui refuse de les régulariser, s’acharne à vouloir les expulser. C’est d’ailleurs pour préparer leur expulsion qu’Aïcha et ses parents sont assignés à résidence dans un hôtel perpignanais.

Le 15 octobre, des policiers se présentent, leur affirmant qu’ils doivent changer d’hôtel…  En fait de nouvel hébergement, c’est le tarmac de l’aéroport de Toulouse qui les accueille pour un embarquement immédiat et forcé vers la Russie. La famille refuse de partir et est immédiatement conduite au centre de rétention de Cornebarrieu, au bout des pistes de l’aéroport. Un bébé de 15 mois découvre l’horreur des grillages, des portes fermées et de la privation de liberté. Dans la nuit du 16 au 17 octobre, à 4 heures du matin, la famille résiste à nouveau à une violente tentative d’expulsion.

Aïcha retourne en rétention, dans le bâtiment des familles, qui n’a rien d’un centre d’accueil pour la petite enfance.

Le 19 octobre, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), saisie par la Cimade, suspend l’expulsion, en attendant l’examen de la requête d’annulation de l’expulsion au fond, ce qui peut prendre plusieurs mois. En revanche, elle n’annule en rien la rétention et l’enfant reste enfermée.

Maintenue en rétention successivement par le tribunal administratif, puis par le juge des libertés, Aïcha souffre de l’isolement et de son enfermement, et ce, quoi qu’ait l’air d’en penser la juge qui siège au tribunal administratif. Celle-ci, lors de l’audience du 21 octobre, s’étonne : « Il n’y a pas d’autres familles au centre ? » Il est vrai qu’Aïcha pourrait tellement s’amuser avec ces autres bambins enfermés, s’il y en avait ! En attendant la possible arrivée d’autres petits condamnés aux barbelés d’un centre de rétention, Aïcha dépérit. Et le ministre de l’Intérieur ainsi que le préfet des Pyrénées-Orientales se foutent éperdument de l’avis de la CEDH, qui, en janvier 2012, dans l’arrêt Popov condamnant la France, caractérisait la rétention et la privation de liberté comme un « facteur d’angoisse, de perturbation psychologique et de dégradation de l’image parentale pour les enfants ».

Aïcha, angoissée, perturbée, malheureuse ? Les élus, les personnalités, les simples citoyens, qui n’en peuvent plus des maltraitances que l’on fait subir à cette toute petite fille et aux migrants en général, s’entendent répondre, lorsqu’ils appellent le ministère de l’Intérieur, que celui-ci est au courant, qu’on les écoute et qu’on transmettra !

Il faut attendre le 23 octobre pour Aïcha et ses parents, alors qu’ont continué d’affluer des messages de protestations tant à la préfecture des Pyrénées-Orientales que Place Beauvau. La famille est dorénavant et à nouveau assignée à résidence…

Mais, dans la France de la rétention, un clou chasse l’autre : depuis le 22 octobre, quatre enfants kazakhs de 5, 8, 10 et 11 ans « jouent » derrière les barreaux du CRA  du Mesnil-Amelot, à côté de l’aéroport Charles-de-Gaulle… Leurs parents avaient refusé l’embarquement.

RESF

 

 


14/11/2014
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