Sans Patrie

Mamadou hier, aujourd'hui et demain.

Lundi, 11 Mai 2015 09:57

Mamadou aura 17 ans le premier juin, mais il a déjà derrière lui une longue histoire. Elle a basculé au mois d'août dernier. En l'espace de quelques mois, lors du voyage qui l'a mené de Guinée jusqu'en France, où il est arrivé en janvier, il a vécu plusieurs vies.

 

 

Un adolescent tranquille

 

Mamadou est un garçon posé, presque timide, dont le visage souvent impassible s'éclaire parfois d'un large et enfantin sourire, comme pour rappeler qu'il n'a pas encore dix-sept ans. Il est né à Conakry, capitale de la Guinée, le 1er juin 1998. De son pays il sait beaucoup de choses, et il explique avec passion, par exemple, qu'on y trouve une dizaine d'ethnies et quatre grandes régions naturelles. Ses parents étaient des Peuls de Kindia, en Moyenne Guinée, lesquels ont couru comme tant d'autres vers la capitale, située en Guinée maritime. Il parle aussi de l'indépendance de 1958, de Sekou Touré qui a appelé à voter non au référendum sur l'entrée dans la Communauté française, des colons qui sont partis en emportant tout, jusqu'aux câbles électriques, du général de Gaulle qui n'a pas pardonné. « À part François Hollande aucun président n'est venu. »
Mamadou aime l'Histoire, et il aimait aussi beaucoup l'école. Dans l'établissement privé où l'a inscrit son père, un commerçant aisé du grand marché de Madina, il a sauté plusieurs classes, et il était suivi le soir par un professeur particulier. Sa mère, qui a vécu un temps à Sierra Leone, lui a donné des rudiments d'anglais. Le français bien sûr, la langue des professeurs, il le maîtrise parfaitement. Mais à la maison, on parlait le poular, et dans la rue, on parlait soussou.
Un matin de septembre 2013, ses sœurs et lui se préparent pour aller à l'école. Toute la famille est là, quand des hommes font irruption pour arrêter son père, militant à l'UFDG, le grand parti d'opposition. Ses oncles cherchent à s'interposer, mais en vain. Par la suite, il lui rend visite une seule fois en prison, avant qu'il ne soit transféré. Puis il le perd de vue.
La vie devient aussitôt difficile, d'autant que les deux épouses de son père ne s'entendent pas bien. Sa mère, la plus jeune, laisse donc ses deux filles à leur tante, à Conakry, avant de retourner avec Mamadou à Kindia, où vit une autre de ses sœurs. Là, elle commence à vendre des légumes au marché -auparavant, elle ne travaillait pas. Mamadou doit abandonner l'école pour un apprentissage de vitrier. De temps en temps, il rejoint sa mère pour lui prêter main forte. Ils habitent ensemble dans un logement chambre et salon.
Tout continue ainsi jusqu'en août 2014. Un soir, Mamadou découvre que sa mère ne se sent pas très bien. Elle lui demande de la remplacer le lendemain au marché parce qu'elle veut se rendre à l'hôpital. Le lendemain, à son retour, l'appartement est vide, elle n'est pas encore rentrée. À l'hôpital, on ne lui permet pas de la voir, sans lui donner du reste de plus amples explications. À la fin de la semaine, on lui apprend qu'elle est décédée. « Le virus Ebola, sûrement ça » pense-t-il.
Mais il n'est pas le seul à avoir cette idée. L'appartement où il vit est situé dans une cour entourée de logements. Pour y accéder, il n'y a qu'une seul entrée, dont le propriétaire de la maison et les voisins lui interdisent l'accès. Durant deux jours, il dort dehors, tous se méfient de lui. Seule une vieille dame, une voisine du quartier et amie de sa mère, lui apporte un peu de soutien et de réconfort. Elle négocie pour lui qu'il puisse reprendre au moins ses affaires avant de quitter définitivement les lieux. « Ma mère avait confiance en moi, je savais où elle cachait son argent, j'ai pris un sac avec mes affaires et ses économies » se souvient-il. Chez sa tante, dans une autre commune de Kindia, on refuse aussi de l'accueillir. Son mari a deux autres femmes, et pour eux Mamadou est grand désormais, il peut se débrouiller.
À Conakry, sa marâtre [la première épouse de son père] a dit à qui voulait l'entendre que sa rivale était morte du virus Ebola. Ses amis enfilent des gants pour lui serrer la main, quand ils ne refusent pas de lui parler. La tante qui a en charge ses deux sœurs se refuse elle aussi à l'accueillir chez eux.

 Lire la suite sur le site de France Terre d'Asile



20/05/2015
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