Rapport de la CIMADE pour 2008 :
le CRA de Rennes en quelques chiffres décryptés
Maximum 70 personnes peuvent être placées en rétention ; 12 places-familles : C'est vite rempli un CRA, il suffit d'une rafle d'Afghans à Calais ou de Vietnamiens à Cherbourg !
1027 personnes ont été inCracérées + 29 enfants non comptabilisés dans les chiffres précédents puisqu’ils n’existent pas officiellement pour l’administration qui les prive de liberté « dans leur intérêt » afin qu'ils ne soient pas séparés de leurs parents...
Moyenne d’âge : 31 ans mais il y a eu des personnes âgées et des mineurs, le plus jeune bambin accompagnant ses parents avait 2 mois. A quand un accouchement au CRA ?
La durée moyenne du séjour est de treize jours : non, le chiffre 13 ne porte pas forcément chance !
80 % des retenus ont un emploi : ben oui, tous les sans-papiers ne sont pas des assistés qui profitent du système de protection sociale comme voudrait le laisser croire Gérard Huet, le maire de Loudéac, dans sa lettre à ses administrés.
90% des inCarcérés sont des hommes : Où sont les femmes ? Il y en a parfois qui se retrouvent seules au milieu d’un nombre important d’hommes et ce n’est pas toujours facile...
67 nationalités différentes ont été représentées, en majorité des Turcs : ça fait beaucoup de langues peu parlées, des personnes murées dans leur silence, des maladresses d’interprétation, des impossibilités de traduire, une communication difficile et des informations cruciales qui passent à la trappe. Un beau panel de la « misère du monde » qu'on souhaite bouter hors de nos frontières.
80 % ont des A.P.R.F (Arrêté Préfectoral de Reconduite à la Frontière) : Pour les autres, il s’agit d’OQTF (Obligation à Quitter le Territoire) ou de réadmissions dans d’autres pays de notre belle Europe qui se passe les étrangers en situation irrégulière comme des patates brûlantes. En bref, pas de ça chez nous !
16 familles en rétention : une médaille pour la préfecture du Morbihan et celle d’Ille et Vilaine qui ont largement contribué à gonfler les effectifs !
Au total, 349 retenus ont été effectivement reconduits, dont 25% dans le pays d’origine. Tout ça pour ça ! a envie d'ironiser Mamie CRACRA. On parle déjà en hauts lieux du coût financier des expulsions, fera t-on un jour le bilan humain de ces inCracérations inutiles ? mesurera t-on un jour en termes éthiques et moraux la politique d’immigration menée par la France ?
Rapport de force entre les chiffres et les lettres, car ce que les chiffres ne disent pas, ce sont les conditions d’interpellations déloyales, avant un mariage, près d’une préfecture, à proximité des lieux d’accueil des migrants qui se retrouvent piégés ; ce sont les contrôles au faciès qui officiellement n’existent pas mais sont en réalité encouragés par les réquisitions des procureurs : Palme d’or(dure ?) à Nantes ; ce sont les inCracérations répétées d’une même personne plusieurs fois dans une même année (jusqu’à 5 fois, sur Rennes) ; ce sont les interpellations, les humiliations subies par ceux qui sont arrêtés, gardavutés parfois par des Sans Culture qui, se sentant à l’abri derrière leur uniforme, s’épanchent en remarques racistes, haineuses parfois ; ce sont aussi les mensonges, la privation de droits élémentaires que les bientôt retenus – mais mal prévenus – ne connaissent pas et ne peuvent donc réclamer, l’impression de ne plus être humain parce qu’on est noir, plus aimable ni digne de se marier parce qu’on est arabe, détestable, incapable, soupçonnable parce qu’on est originaire d’ailleurs : bref, tout ce qui accuse nettement la ressemblance avec une vraie chasse aux Sans Papiers, une tartufferie électoraliste visant à faire du chiffre, parce que les lettres c’est trop compliqué ; une chasse en grande livrée sur les terres de l’extrême droite qui ne trompe personne !
Nos espaces de droits se restreignent, mais il est important de le dire, de le faire savoir, de s’allier même peu nombreux contre l’outrecuidance de ceux qui croient qu’on peut tout se permettre parce qu’on est au sommet de l’Etat, ou dans l'ombre béate de Voussavezqui ; militants, magistrats, associatifs, électrons libres, élus, citoyens même seulement en devenir, point n’est besoin d’être nombreux pour réussir à résister : il faut être l’indispensable levain qui fait lever la pâte.
La politique actuelle présente les étrangers comme une menace pour cette foutue « identité nationale » que l'on essaye de nous imposer. N'oublions pas que l'association de ces deux termes antinomiques n'appartient à aucune réalité et est apparue dans l'intitulé d'un ministère détestable. Cette conception s’inspire d’une philosophie nationaliste et d’extrême droite. Elle contribue à justifier des politiques sécuritaires qui transforment notre société en Etat fliqué.
Vous vous souvenez de Gérard Huet, le maire de Loudéac, qui avait refusé un couple hispano-marocain. Fraîchement auréolé d'une « Marianne d'or »et totalement décomplexé, il en remet une couche dans une lettre adressée à ses administrés. Morceaux choisis :
-“Alors que nous traversons une grave crise économique, comment aurais-je pu marier sans m’y opposer deux étrangers d’origine marocaine plus préoccupés de profiter de notre système de protection sociale que de convoler en justes noces ?”
Aïe ! Premier uppercut, on reprend notre souffle et il ajoute :
-“En refusant de les marier, j’ai voulu dénoncer un système qui fait la part belle à l’assistanat plutôt que de protéger ceux qui se lèvent tôt le matin pour gagner leur vie en toute honnêteté!” avec cette annotation dans la marge de la lettre « vous allez enfin comprendre à quoi servent vos impôts ! »
Sous entendu : Braves Français de souche qui vous tuez au labeur pour entretenir ces fainéants, c'est nous qu'on paie ! Gérard Huet qui n'hésite pas à utiliser les méthodes les plus abjectes, balance des informations confidentielles sur la vie privée du couple :
« Les restos du cœur les voient tous les jours et pourtant le mari a trouvé du travail... »
La guerre est déclarée ! Pas de répit pour les deux jeunes mariés qui ont porté plainte pour diffamation. Un "collectif citoyen et républicain du Centre-Bretagne" s’est constitué pour réagir à la Lettre du maire et dénoncer “ces pratiques de dénonciation et d’attaque aux personnes”. Mais le maire qui a déjà prouvé qu'il est aussi obtus que têtu, a annoncé lors du dernier conseil municipal, qu’il allait à lui aussi porter plainte contre les élus d'opposition pour des propos tenus sur leur blog. Mardi dernier, le procureur de la République de St Brieuc classait sans suite cette plainte estimant que « l'infraction n'était pas caractérisée ». Mais il s'acharne le bougre et déclare :
- «Je m'étonne de la rapidité avec laquelle cette plainte a été classée sans suite. En effet, le blog de l'opposition parlait à tort d'insultes et d'agressions physiques dont aurait été victime un ancien élu de l'opposition. Je me réserve, donc, le droit, comme le prévoit la loi, de poursuivre l'opposition municipale devant le tribunal correctionnel. Face à toutes ces attaques perfides, je réponds avec toute mon équipe, par le travail, rien que le travail. À l'opposition, je laisse le dénigrement et la diffamation».
Mamie CRA CRA qui avait déjà proposé dans une chronique précédente que ce maireveilleux soit attaché à un arbre sur la place publique et enduit de goudron et de plumes, propose cette fois-ci que lui soit décerné le « Connard d'or » parce qu' « Un con ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît » (Audiard).
Mamie CRA CRA a souvent la nausée en ce moment, mais elle se soigne. Il y a aussi des moments de répit, elle a été conviée ces derniers jours à 2 mariage mixtes, un baptême, et pas d’enterrement…
À 22 ans, Wali Mohammadi est boulanger à Lille, passera le bac en janvier et rêve d'intégrer Sciences Po. Il y a six ans, il était une des ombres afghanes de Calais.
PAR OLIVIER BERGER
- Six ans après, quel regard portez-vous sur votre périple ?
« D'abord, ce livre rend hommage à la France, aux Nordistes, aux gens de Calais qui m'ont aidé. J'ai voulu raconter ce périple pour expliquer que derrière les fantômes qu'on voit marcher dans la rue, il y a toujours une histoire. S'ils sont là, ce n'est pas seulement parce qu'ils sont attirés par les lumières européennes. C'est parce qu'ils n'ont pas d'autres solutions. S'ils restent, ils finiront comme le reste de la famille, tués. Je suis né dans la guerre, j'ai grandi dans la guerre. J'ai perdu mon père, ma mère, une soeur et deux frères. J'ai juste voulu sauver ma peau. »
- Les passeurs, rencontrés sur votre parcours, aident-ils ou exploitent-ils ?
« Cette question est difficile. Bien sûr qu'ils sont là pour exploiter, pour faire leur business. Ce sont des gens cruels et sans pitié.
Mais ils m'ont aussi aidé à passer et ça m'arrangeait. Chez vous aussi, pendant la Deuxième Guerre mondiale, des gens se sont fait payer pour sauver des Juifs... »
- Que retenez-vous des bénévoles de Calais ?
« Ce sont des gens formidables, magnifiques. Malgré le mal qui parcourt le monde, il existe encore des gens avec du coeur. On ferme les frontières mais on ne peut pas fermer celles du coeur. Je serai reconnaissant jusqu'à la fin de ma vie. »
- Votre but était l'Angleterre. Pourquoi être resté en France ?
« Si je n'avais pas rencontré la famille Loeuilleux à Coulogne, je serais passé en Angleterre et ma soeur m'aurait accueilli. Mais quand je suis arrivé à Calais, début janvier 2003, j'étais crevé. Il neigeait. Les policiers arrêtaient tout le monde. Ça faisait trois mois et demi que je n'avais pas mangé un vrai plat chaud. Je me suis laissé emporter par le confort. C'était pour gagner du temps mais je me suis attaché à ces gens devenus ma deuxième famille. J'ai vécu là une renaissance. »
- Que pensez-vous du nettoyage de la jungle (djanghal dans les langues persanes signifie forêt) et des expulsions récentes pour Kaboul ?
« M. Besson a voulu faire un coup médiatique. Il a fermé la jungle mais depuis, c'est encore pire. On n'a fait que déplacer le problème.
OK, les conditions de vie étaient mauvaises mais là, ils ont simplement décentralisé. Ça n'empêchera jamais les gens de revenir. Pour moi, les expulsions sont un crime. Comment peut-on renvoyer trois hommes dans un pays en pleine guerre ? Les Occidentaux envoient de plus en plus de forces armées et on dit que le pays est calme ! Tous les jours, cent personnes sont tuées et il n'y aurait pas de risques ? »
- Vous êtes désormais français, avez-vous envie de participer au débat sur l'identité nationale ?
« M. Éric Besson a lui-même un problème avec son identité. Il est passé de gauche à droite. Pour moi, la France est très bien comme ça.
Soyez fiers de votre nation, de votre civilisation. La France, c'est depuis toujours un mélange de tout le monde. Des Berbères, des Vikings, des Portugais... C'est ça la richesse de la France. »
- Un débat sur le voile intégral se pose aussi. Quel est votre avis ?
« La France est un pays démocratique, libre, pas un pays musulman comme l'Afghanistan où nous avons la tradition ancestrale de laburqa. Si j'étais resté en Afghanistan, ma femme l'aurait probablement portée. Ici, non. Pour moi, c'est plutôt le pays qui impose la pratique religieuse. »
- Aidez-vous vos compatriotes qui galèrent dans la région ?
« Je ne peux pas ! En septembre, à la gare de Lille, j'ai passé une journée en garde à vue parce que j'avais offert un petit déjeuner.
J'aimerais aider mais je ne veux pas aller en prison. Alors, j'aide autrement. Tous les foyers de Lille ont mon numéro et quand un jeune a besoin, je sers d'interprète, je renseigne sur les démarches administratives. Voilà... »
- Que pensez-vous de la situation en Afghanistan ?
« Il y aura peut-être une démocratie dans cent ans. Mais une élection avec une petite opposition, c'est un début. Pour l'instant, les choses tournent comme du temps de l'Union soviétique. Les Afghans ne sont pas cons. Ils savent bien que Karzaï (le président réélu) est une marionnette.
Seulement, si les armées étrangères partent, ce sera un bain de sang. L'homme va manger l'homme. Les talibans sont plus forts et extrémistes qu'avant. On n'a pas l'espoir de voir la paix dans dix ans. Pas étonnant que la jeunesse soit forcée à partir. »
- Comptez-vous jouer un rôle pour l'Afghanistan ?
« J'aimerais aider mon pays. Les bénéfices du livre permettront
d'aider les orphelins d'Afghanistan. Avec mes amis afghans de Calais et
de la région, nous allons monter une association pour ça. Je sais ce
que c'est que d'avoir le ventre vide. » •
| ZOOM | |
|---|---|
|
On met une épreuve surhumaine et une détermination sans failles sur les tristes silhouettes qui déambulent dans Calais et le long de l'autoroute du littoral. Grâce à la plume de Geoffroy Deffrennes, ancien journaliste à La Voix du Nord, Wali Mohammadi narre sa poignante douleur familiale, la mort qui rôde inlassablement et l'impérieuse nécessité de quitter Kaboul. Pour tous ces jeunes Afghans, l'incroyable périple qui suit est aussi classique qu'héroïque. Comme l'accueil des bénévoles calaisiens, capables de changer la vie d'un nouveau citoyen français, Wali Mohammadi. « De Kaboul à Calais » De Wali Mohammadi. Éditions Robert Laffont. 19 E |
Faute
d’être reçu par le Premier ministre, en visite à Angers, le maire
Jean-Claude Antonini s’est contenté de lui remettre un courrier en main
propre, ce matin. Cela fait des mois que le maire d’Angers tente d’alerter le gouvernement sur la question des demandeurs d’asile. Ce matin, faute d'être reçu à ce sujet par le Premier ministre en visite à Angers, Jean-Claude Antonini lui a remis en main propre un courrier dans lequel il demande à l’Etat de prendre ses responsabilités. « 50 % des demandeurs d’asile dénombrés dans les Pays de la Loire sont à Angers », observe Jean-Claude Antonini. « Nous sommes désormais au bord d’un nouveau Sangatte dans notre ville ». Les squats se multiplient et un campement a récemment vu le jour au pied de l’Hôtel de ville. Le maire d’Angers, qui déplore ce drame humain, poursuit : « La solidarité angevine est durement éprouvée : elle ne peut plus être sollicitée. L’Etat doit agir, et agir rapidement ».