Sans Patrie
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Catégorie Des ouvrages à lire pour mieux comprendre: Vous trouverez ici des références d'ouvrages divers (B.D, essais, romans etc.) sur la problèmatique de l'immigration.
Dans la peau d'un clandestin africain
Publié le mercredi 7 mai 2008 à 18h03 | LE FIL LIVRES | Tags : immigration fabrizio gatti étonnants voyageurs
Poser trois questions et s’en aller, le journaliste Fabrizio Gatti ne sait pas faire… Pour comprendre les humiliés, il se glisse dans leur peau. Ainsi s’est-il mué en exilé africain pour vivre leur impitoyable aventure de l’intérieur, subissant chasse à l’homme, famine et brimades. Il le raconte dans “Bilal”, un livre exceptionnel qui lui vaut d’être invité au festival des Etonnants Voyageurs de Saint-Malo. Portrait de l’artiste accompagné de trois extraits inédits ci-dessous. On se retrouve plus tard avec un portfolio.
Photo : Fabrizio Gatti
Pourquoi ne font-ils pas demi-tour ? Pourquoi s’acharnent-ils à affronter ce périple de tous les dangers au lieu de sauver leur peau ? Pourquoi des milliers d’hommes et de femmes venus de toute l’Afrique quittent famille et pays, choisissent l’exil comme avenir, la mythique Europe comme destinée ? Pourquoi ces esclaves des temps modernes prennent-ils le risque de suivre ce chemin des damnés ? Est-ce donc moins effrayant que de rester chez eux ? A trop s’interroger, à trop vouloir comprendre et transmettre, Fabrizio Gatti, journaliste jusqu’à la moelle, a défié ses craintes, et fait sienne la route des clandestins. Il s’est glissé dans leur peau, en dissimulant parfois maladroitement son teint si blanc, son identité. Comme eux, avec eux, il a entrepris ce voyage au bout de la folie. Il veut regarder l’Europe à travers leurs yeux, de la terre africaine. Trains, bus, camions : il ne compte plus les kilomètres, les jours, la fatigue, les attentes, les violences, les frayeurs. Il avance. Et note, tout, à la nuit tombée, en se cachant. Dakar, Bamako, Agadez, Dirkou, puis la frontière libyenne, impossible à traverser, zone militaire, zone de tous les trafics... jusqu’aux rivages de la Méditerranée, la Tunisie. Non loin, au creux de la mer qu’il faut traverser coûte que coûte : Lampedusa, l’île qui fait rêver, le paradis, l’Italie. La porte de l’Europe. Une nouvelle vie. Passage obligatoire : le centre de rétention, non loin des palaces à touristes.
Pourquoi un clandestin pris par la police écope-t-il plus qu’un type de la Mafia ?
A Milan, entre deux avions, deux reportages, Fabrizio Gatti, 42 ans, s’amuse de son premier contact avec la presse française. Il rit autant qu’il parle, vite. Il a raconté son aventure à hauts risques dans l’hebdomadaire L’Espresso. Mais c’était trop peu, « trop petit » pour cet homme de convictions : informer, oui ; témoigner, dénoncer, aussi. Pour donner davantage de sens à son travail d’investigation sur l’immigration clandestine, Gatti a écrit pas loin de cinq cents pages. Bilal est à la fois le journal pudique et le récit explosif de ce qu’il a vu, vécu. Il nomme ses compagnons d’infortune, Daniel, Joseph, Khaled, James, Billy, les fait parler, comme autant de personnages sortis de l’oubli. Il engage la conversation, offre à boire et à manger, décline gentiment les « tu veux dormir avec moi » de jeunes femmes prêtes à tout pour partir. Il magnifie le grand reportage, lui donne un rythme parfois de roman d’aventures, souvent de polar, en fait un genre littéraire à part entière, dans la lignée des Kapuscinski, Wolgang Büscher, Pierre Haski, tous « étonnants voyageurs ». Il ose pour la première fois employer le « je », se mettre en scène. En trois petits mots, parfois, il songe « à elle », se demande si tout va bien.
Gatti raconte les villes, les déserts, les paysages à bout de souffle, avoue ses inquiétudes et interroge le monde entier : « A qui profite le crime, ce que les passeurs eux-mêmes n’hésitent pas à appeler trafic humanitaire ? Trafic humanitaire ? Comme trafic de drogues, d’armes ! » Il a inventé une narration de la réalité, sans voyeurisme, sans apitoiement. Avec pour unique fil moteur la dignité. Malgré lui, le journaliste a passé un cap, est devenu écrivain. Gatti, tout sourire, affirme : « Je suis journaliste, rien que cela ! » Un journaliste audacieux, téméraire, qui ne craint pas les rebuffades des patrons de presse, « quand un chef dit : non, pas ce sujet, c’est trop triste ! ». Et qui refuse toute « censure préventive ».
Enfant, Gatti se voyait pilote, rêvait d’être un jour Saint-Exupéry - déjà le désir de l’aventure, de l’écriture. Quelques mois passés dans la rigueur de l’Académie militaire l’ont vite dissuadé. Il place quelques articles, par-ci, par-là. Sa hardiesse est très tôt repérée. Au quotidien Corriere della serra, il propose des investigations hors normes, en immersion totale, en dissimulant, s’il le juge nécessaire, son identité - et sa carte de presse. Qui tient les ficelles du travail au noir ? Pourquoi cette méfiance, cette haine à l’encontre des sans-papiers ? Que cache le discours sécuritaire, l’utilisation de la peur de l’autre comme arme d’exclusion ? Comment vivent les immigrés, ici, en Italie ? Pourquoi un clandestin pris par la police écope-t-il plus qu’un type de la Mafia ? Pour comprendre « de l’intérieur », il rejette la simple enquête, la simple interview. « C’est ma façon de faire. Poser trois questions et m’en retourner chez moi, tranquillement, je ne sais pas faire. Je ne peux pas me contenter de cela. » Alors, pour comprendre la misère du monde, la raconter, c’est simple : il se frotte aux miséreux (1). « Pour que mon récit soit au plus près de leurs vérités, de leurs souffrances, de leurs espoirs, j’adopte leur quotidien. Je suis journaliste, mais un homme aussi. Je ne crains pas l’émotion, et même je la revendique, à moi de la tenir à distance. » Gatti laisse tomber son identité, endosse celle des autres. Il se métamorphose, se fait ouvrier agricole (au noir) dans les Pouilles ; Roumain sans-papiers dans un centre de rétention, alors interdit à la presse (ce qui lui a valu un procès pour usurpation d’identité, en 2004).
Ou encore - cette fois en toute transparence - il s’installe dans un bidonville à la sortie de Milan, y vit une dizaine de jours : « Des Albanais m’ont ouvert la porte de leur maison en carton. Je dormais par terre, comme eux. » De cette expérience, il a fait évidemment quelques articles, mais surtout un premier livre, Viki, prénom d’un gamin du bidonville qui jamais ne manquait un jour d’école. Journaliste ou écrivain, son matériau d’études est le même, toujours. Gatti tend les mains en signe d’évidence, et dit : « l’humanité ». Aux gamins qu’il croise dans les gares routières - les volontaires au départ sont souvent très jeunes -, aux hommes endormis à même le sol sous les camions, aux femmes inquiètes qui ont perdu mari, enfants, il pose systématiquement la même question : « A quoi rêvais-tu enfant ? » Gatti : « C’est en leur donnant la possibilité de s’exprimer sur des choses que l’on dit petites que ces gens-là redeviennent des personnes, et non plus un matricule, ou seulement des chiffres pour statistiques. Ils m’ont raconté le pourquoi et le comment de leur départ, les adieux, la dernière soirée en famille, l’argent reçu, les cadeaux, les promesses - donner des nouvelles, faire venir plus tard le petit frère, en Italie, en Allemagne, en France, en Grande-Bretagne... Chaque personne est un monde. Mon travail, c’est de le raconter. »

Dans Bilal, Fabrizio Gatti donne vie à des hommes et des femmes chassés par des guerres, des famines, des horreurs qui engendrent toujours plus de misères. Ils n’ont pas d’autre choix que de partir. Mourir ici ou vivre là-bas, en Europe... « Toute une génération de jeunes a été élevée dans cette culture du départ, de la fuite. En Afrique, dans beaucoup de villages, il ne reste que des femmes et des enfants. Les hommes, les fils, sont partis. J’ai rencontré des gens malades, affaiblis, sans un sou, qui ont subi des violences, à qui on a tout volé. Ils se disent "stranded" - échoués, perdus. Leur corps est à bout, mais ils ne veulent pas renoncer. Ils jouent à la roulette russe. Souvent, on dit d’eux que ce sont des désespérés. Qu’ils doivent être fous. C’est tout le contraire. S’ils n’avaient pas l’espoir, jamais ils n’entreprendraient une telle épreuve. »
L’épreuve, c’est bien sûr la route, impitoyable, la chaleur, la soif, la dysenterie qui se propage, tous entassés à bord de 4 x 4 ou de camions à l’agonie. Une panne dans le désert, et c’est la mort assurée. L’épreuve, ce sont les passeurs, pas vraiment des Robin des bois mais des bandits, des raquetteurs, fiers d’appartenir à une organisation internationale (« J’ai trois patrons, un au Pakistan, un au Bangladesh, un à Niamey »). L’épreuve, ce sont les policiers corrompus qui assurent la protection des trafiquants, qui trempent dans la contrebande, le trafic d’armes, battent méchamment les « voyageurs » qui ne veulent ou ne peuvent pas payer, encore. L’épreuve, ce sont les militaires, postés à la frontière libyenne et qui s’en donnent eux aussi à coeur joie - vols de papiers, menaces, coups. Parfois, des clandestins ne se relèvent pas. Ils meurent. Le désert les ensevelit. « C’est ça l’Afrique ! » c’est comme cela ici, dit un « guide » croisé dans la fournaise. Gatti s’enflamme : « Je ne peux m’empêcher de croire que la mort de Daniel [un gamin avec qui il s’est lié d’amitié sur la route] n’est pas le résultat des directives de Bruxelles. »
Fabrizio Gatti se confesse : « Ce n’est plus moi qui effectue ce voyage. C’est le voyage, dans son infinie cruauté, qui me modèle. Bien que j’ignore en quel être il me transforme, je ne suis désormais plus en mesure de m’arrêter. » Gatti veut aller jusqu’au bout, au terminus Lampedusa et son centre de rétention. Il note comme si cela était un jeu : « A la une, à la deux, à la trois ! » Et se jette à la mer, se fait naufragé volontaire, et advienne que pourra. On le repêche, il est en hypothermie, on le soigne, et on l’enferme. Cette même nuit, les garde-côtes ont repéré un bateau avec cent soixante personnes à bord... « Mes futurs compagnons de chambrée s’ils survivent à la traversée... » écrit-il pour conjurer le sort. Gatti, une fois de plus, cache son identité : « C’est une chasse à l’homme. Une chasse à l’homme psychologique. Parce que l’homme, ils l’ont déjà capturé. Mais les policiers ignorent son identité. Et dans cette poursuite mentale, il faut que je fasse très attention. »
Gatti est devenu Bilal, un clandestin comme les autres. Dès lors, le journaliste-écrivain change de style narratif, oublie le « je », devient personnage de son propre récit. Fabrizio Gatti décrit tout un enfer aux portes de l’Europe « la prude, qui persiste dans son silence » : les brimades, les humiliations, le manque d’hygiène, la faim, la promiscuité... l’angoisse d’être rejeté.
La nuit où Fabrizio Gatti acheva son livre, il partit marcher dans les rues de Rome, au hasard. « J’avais perdu la notion du temps. Je ne savais plus où j’étais, qui j’étais. » Bilal ou Fabrizio ? Aujourd’hui, il est serein : « Tous les Daniel, Joseph, Khaled, James, Billy, tous ces "stranded" qui m’ont tendu la main, m’ont appris l’humanité. Ils me font tenir debout. Je leur devais bien cela, un livre. Désormais, je ne pourrai plus jamais dire : je ne savais pas. »
Martine Laval
(1) D’autres journalistes se réclament de « l’immersion totale ». Hubert Prolongeau a partagé la vie des SDF et publié Sans domicile fixe, éd. Hachette. Elsa Feyner est devenue travailleuse précaire et a publié Et pourtant je me suis levée tôt... une immersion dans le quotidien des travailleurs précaires, éd. du Panamá.
A LIRE Bilal, Sur la route des clandestins, de Fabrizio Gatti, traduit de l’italien par Jean-Luc Defromont, éd. Liana Levi, 480 p., 21 EUR.
A VOIR Festival des Etonnants Voyageurs, du 10 au 12 mai 2008 à Saint-Malo. www.etonnants-voyageurs.com
Posté le 09/05/2008 | 25 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article
Communiqué de presse
Anafé Syndicat de la magistrature* *COMMUNIQUE DE PRESSE* Aéroport de Roissy : quand l’administration cache au juge les conditions d’enfermement des étrangers 24 avril 2008 Mardi 22 avril, le Juge des Libertés et de la Détention (JLD) du Tribunal de Bobigny, chargé de statuer sur la régularité des procédures de maintien en zone d’attente des étrangers en quête d’admission sur le territoire, s’est trouvé confronté à une situation pour le moins singulière : un mensonge caractérisé de l’administration. A l’audience, contre les affirmations de plusieurs étrangers d’origine dominicaine expliquant qu’ils étaient restés les jours précédents dans des locaux de l’aérogare, le représentant de la police aux frontières (PAF) a prétendu qu’ils avaient, au contraire, régulièrement séjourné au centre d’hébergement, donnant même les références des lits. Face à cette contradiction, le Juge des Libertés et de la Détention s’est déplacé (avec son greffier, les étrangers retenus, leurs conseils et les escortes) audit centre d’hébergement pour valider l’une ou l’autre des versions. Sur place, bien que les noms des personnes retenues figuraient sur les listings, les responsables de la Croix- Rouge en charge de l’accueil matériel des personnes et de la répartition des lits ont expliqué au juge que le centre d’hébergement étant complet depuis plusieurs semaines, les étrangers concernés avaient été maintenus en réalité dans l’enceinte de l’aérogare sans pouvoir atteindre le centre. En poursuivant son transport, le juge découvrait la sinistre réalité des zones de retenue des aérogares 2A et 2C : particulière exiguïté des locaux, absence de ventilation et de fenêtre sur l’extérieur, absence de douches, de literie, entassement des individus sans séparation des hommes et des femmes, absence totale d’intimité, affaires personnelles déposées à l’extérieur du local faute de place... Il était ainsi établi que certaines des personnes retenues étaient restées enfermées dans ces conditions pendant quatre jours. Le Syndicat de la magistrature et l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé) sont scandalisés que l’administration ait permis de laisser séjourner des personnes plusieurs jours dans une telle indignité et qu’elle ait dissimulé la réalité des conditions de retenue à l’autorité judiciaire. Caroline Maillary Anafé
Posté le 25/04/2008 | 28 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article
Réseau scientifique TERRA
Sur : http://terra.rezo.net/article706.html
Dossier Migrations et Sénégal Pratiques, discours et politiques
Sous la direction de Emmanuelle Bouillly (Univ. Paris 1 - CRPS ) et Nina Marx (Univ. Paris 1 - CEMAF)
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Posté le 06/04/2008 | 35 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article
A lire
Marc Bernardot, Camps d’étrangers, Editions Du Croquant (Collection TERRA) 16 mars 2008, 223 pages. http://terra.rezo.net/article703.html______________________
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Quel est le point commun au XXe siècle entre les tirailleurs et les travailleurs indigènes, les réfugiés et les rapatriés coloniaux, les minorités discriminées, les insoumis et les rebelles indépendantistes, les migrants illégalisés et les demandeurs d’asile déboutés ? Le fait d’avoir été, à un moment ou un autre de leur parcours en métropole, placés de force et confinés dans des camps, des cantonnements, des dépôts, des centres, des casernements, des logements contraints, dans toutes sortes de lieux isolés, inaccessibles et insalubres. | Découvrez ce livre (présentation, table des matières) et lisez en ligne le premier chapitre ici : http://terra.rezo.net/article703.html______________________
Posté le 05/04/2008 | 38 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article
Le siècle de Germaine Tillion
Le Siècle de Germaine Tillion
Collectif
Seuil. EAN13 : 9782020951944
Date de publication : 11/10/2007
Pour fêter les cent ans de Germaine Tillion, Tzvetan Todorov a réuni les textes d'une vingtaine d'auteurs de renom, parmi lesquels Jean Daniel, Jean Lacouture ou encore Benjamin Stora ainsi que des contributions d'auteurs étrangers qui témoignent du rayonnement de Germaine Tillion. Des inédits de l'auteur elle-même figurent dans ce volume ainsi que nombre de synthèses documentaires sur cette oeuvre et ce parcours exemplaires.
Un livre-hommage rendu à l'une des grandes dames de la culture française.
Posté le 30/03/2008 | 55 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article
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